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mercredi 8 novembre 2017

Jean Pierre Nicola Nature et Destin de l'Astrologie



Nature et destin de l’astrologie
par Jean-Pierre Nicola

Il est légitime de vouloir déchiffrer dans les méandres d’une intrigue amoureuse ou policière, le labyrinthe qui caractérise l’âme de leur auteur. Notre quête prouve que nous associons les péripéties d’un destin à l’organisation cachée qui les déterminerait. Exactement comme un clou qui, fixé au bord extérieur d’une roue mise en mouvement, ne peut engendrer qu’une courbe prévisible.

L’histoire de l’astrologie, des origines à l’au-delà de nos jours, doit être conforme aux promesses de sa constitution. L’équation astrologique « tel caractère, tel destin », vaut, pour être crédible, de s’appliquer avec succès à la discipline qui la pose.

Du lien de parenté posé entre ce que nous sommes et ce que nous pouvons devenir, il découle qu’une histoire est partiale si elle ne se complète pas par l’étude en soi de sa matière principale. Et nous proposerons même d’étudier l’historien.

Aucun grain de blé n’a donné jusqu’ici un épi d’avoine. Dans les hauts et les bas de l’astrologie au fil des siècles, il y a beaucoup de sa nature en dents de scie. Mais ce n’est pas la saisir en elle-même, en tant que semence, ni même en tant qu’épi, que de la réduire aux lieux et conditions de ses origines.

Si son développement historique témoigne de ses tendances fondamentales, celles-ci ne sauraient être entièrement confondues aux caractéristiques culturelles, géographiques, socio-économiques, des peuples où elles se sont manifestées pour la première fois.

Bien que le terrain renseigne sur le grain, et que l’un soit nécessaire à l’autre, on ne récolte pas de blé en semant de la terre. Pour les choses concrètes ces confusions sont impensables. Lorsqu’elles se produisent les résultats en démontrent vite l’absurdité.

Dans le domaine des idées, les mots n’ayant pas l’équilibre des choses, il arrive que l’on mette tout à l’envers, par mégarde, par indigence intellectuelle, quelquefois par goût poétique, plus souvent par calcul.

En astrologie, rien de concret ne vous empêche de dire que les Sumériens, habitants d’il y à −3000 ans de l’Irak actuel (ancienne Mésopotamie) ont conçu les premiers un rapport entre les astres et les hommes parce qu’ils étaient primitifs et superstitieux.

Issue de cet humus lointain, l’astrologie ne peut être que le germe constant du primitivisme. D’hier ou d’aujourd’hui, l’astrologue est sumérien : homme antique et religieux, incapable d’assimiler les progrès du savoir universel et porté, au contraire, par l’origine de son art, à le repousser 5 000 ans en arrière.

La confusion entre le grain, l’épi et le terrain, entretiendra commodément la prévention contre l’astrologie. En réalité, des astrologues ont joué un rôle majeur dans les étapes de la connaissance scientifique. Née en Sumer, la pensée astrologique ne s’y est pas éternisée. Elle à pénétré d’autres terres, suivant l’homme pas à pas, à tous les niveaux, dans son évolution comme dans ses révolutions.

Néanmoins, il est vrai que de nos jours encore, parmi les astrologues mondains, il en est pour proclamer leur fort attachement à la participation magique, en traitant de hors-la-loi du cosmos les réfractaires à ce culte.

Le pire, en ce genre, n’aurait toujours rien à voir avec la date et le lieu de naissance de l’astrologie. Seules les dispositions propres à l’homme sont en cause.

Trente siècles avant Jésus-Christ ou vingt après, l’homme paraît doté de dispositions affectives qui peuvent être taxées de sumériennes par d’autres dispositions humaines, plus intellectuelles et séparatistes.

Historiquement, l’astrologie est née en Sumer, il y à 5000 ans.

Philosophiquement, elle est née de l’interrogation de l’homme sur lui-même et sur le monde.

Donc, biologiquement, chaque naissance humaine est porteuse de germes astrologiques, compères des « gènes » de l’affectivité. Il n’est pas nécessaire, pour s’en expliquer, de situer les origines de l’astrologie dans les civilisations disparues ou dans les révélations d’extra-terrestres.

Les problèmes démographiques de notre époque prouvent que les couples normalement constitués ont trouvé le moyen de faire des enfants sans le secours des textes sacrés et sans l’enseignement des entités supérieures descendues de leur soucoupe ou remontées des eaux.

Faut-il s’étonner si des hommes doués normalement de conscience, de cœur, d’imagination, s’interrogent sur leur sort et répondent par leur croyance en une harmonie rapprochant les extrêmes dans une unité commune.

Pour ce qui est du fond, la réponse ne doit pas être aussi absurde qu’on le dit. La science cherche précisément une explication définitive qui se contiendrait en une formule unique… aussi hermétique que le langage babylonien. Ce besoin d’unité, primitif et moderne parce que planétaire et humain, ne serait-il pas affectif-magique ?

S’il fallait tout recommencer, l’homme réinventerait la roue et l’astrologie. Peut-être pas l’astrologie des maîtres pastichant la tradition autant que leurs contemporains. Après l’histoire de ce qu’il advint de l’astrologie des premiers astronomes, nous ferons comme s’il fallait tout recommencer, en partant de l’astronomie…
Les origines en cause

Origine signifiant tantôt le premier moment, tantôt la cause, le discours où il est question d’origine favorise un glissement de sens. Pourtant, à la question : « Quelle est l’origine de la Première Guerre mondiale ? », personne, à moins d’être sot, ne répond : « C’est à cause de 14–18 ».

Par glissement de sens on appelle tendancieusement causes de l’astrologie les contenus de la mentalité d’une époque liée à sa lancée historique.

L’homme moyen d’il y a 5000 ans n’était assurément pas au courant des théories d’Einstein et des façons récentes d’observer le ciel, de prévoir et calculer le mouvement des astres, aller dans la Lune et en revenir, changer notre planète au point de la rendre méconnaissable et insupportable. Les origines, prises pour causes, facilitent les jugements qui tiennent l’astrologie pour le produit de l’ignorance.

L’homme d’il y a 5 000 ans étant à la fois religieux et savant sans éprouver de complexe universitaire, on en déduit rapidement que l’astrologie est fille bâtarde d’un croisement confus entre savoir et croire. Et bien que le commerce ne soit pas une invention repérable dans le temps, pour certains critiques abordant l’astrologie par ses marchands, tout serait plus simple s’il en était ainsi.

Il est prudent de rejeter les causes dans les origines si l’on ne veut pas se trouver nez à nez avec des traits permanents de la personnalité humaine. Que l’on reprenne les causes invoquées et l’on rétablira le répertoire sans âge des inclinations parait-il répréhensibles :
L’inquiétude religieuse

Les premiers astrologues étaient des prêtres. Au XXe siècle, les inquiets d’un dieu répudié, les déshabitués des églises, afflueraient chez les astrologues pour remplacer un confesseur qui préfère jouer au football avec de jeunes ouailles.

Si l’inquiétude peut être un ferment astrologique, elle n’apparaît pas exclusivement liée à l’horoscopie. L’existence de multiples religions, avec ou sans dévotion aux astres, prouve que le ferment est trop général pour définir une forme particulière de mystique.

Le nombre de bouddhistes, catholiques, protestants, orthodoxes, juifs, confucianistes, hindouistes…, dépasse très largement celui des croyants en astrologie, quelle que soit par ailleurs leur religion officielle ou leur religion de cœur (le cumul témoignerait de l’insuffisance de l’astrologie à combler l’inquiétude religieuse). Autant dire que les fervents du ciel astrologique se distinguent des autres par une tête, un cou, un tronc, deux bras et deux jambes.
L’angoisse du lendemain ou de n’importe quoi

Ce n’est pas, non plus, un facteur bien spécifique de l’adepte des astres, bien qu’il soit aussi un ferment actif pour une certaine catégorie de pratiquants et de consultants.

À l’heure du tiercé, chaque dimanche, il y a beaucoup plus d’angoissés au champ de course suspendus à leur récepteur radio que dans les officines astrologiques.

Les conditions éprouvantes de la vie moderne ont accru la clientèle des voyants, mages et astrologues. Elles ont créé le surnombre dans la clientèle des psychiatres, médecins et psychologues.

Apparemment l’angoisse n’est pas sélective, et l’on peut se demander ce que valent les principes de rigueur, les clameurs d’honnêteté des rationalistes, sociologues et scientistes qui omettent ce détail lorsqu’ils réduisent l’astrologie aux soucis de sa clientèle.

Reste à savoir, pour la beauté de la chose, si les Sumériens et Babyloniens étaient des peuples d’angoissés comme ceux de la culture anti-astrologique.

II reste aussi à dire que l’angoisse du lendemain n’est pas étrangère au progrès des connaissances. Pourquoi s’attacherait-on à vaincre le cancer, si ce n’est par désir de résoudre une inquiétude personnelle ou collective ? II n’est pas de science qui ne se soit donne pour tâche et pour but ultime de prévoir.

Incontestablement, l’homme « magico-symboliste » occupe dans le milieu astrologique la place de carnassiers triomphants et insatiables. L’avidité ambitieuse de cette espèce contribuera d’ailleurs à sa disparition. En attendant, le genre prospère en attelant ses appétits aux philosophies, aux systèmes anciens et modernes fondés sur les correspondances universelles. Le langage symbolique, toujours vivant chez l’enfant, le poète et le créateur, se change chez eux en clef des songes, et, davantage, en système de brouillage conçu pour un besoin personnel de domination.

Toutefois, l’inflation psychique, pour répandue qu’elle soit dans la caste régnante des astrologues, n’est toujours pas un critère spécifique de la croyance aux astres.

Partout où il existe, comme en astrologie, des mots mystérieux, des dessins étranges, de vraies et fausses dévotions à l’univers inconnaissable, les prétendants à un pouvoir magique sur les êtres et les choses se pressent, se bousculent, s’entre-déchirent.

Un vocabulaire riche en termes grandioses porte ceux qui l’utilisent à se croire nantis de l’infini que leurs mots désignent. Le vocabulaire astrologique avec ses « cosmique et planétaire », assaisonnés à ses « psyché et Archétypes », grise les apprentis démiurges et les change en manipulateurs. Un danger semblable guette les dépendants de l’irrationnel : poètes, artistes, créateurs, politiciens, exposés avec la complicité d’un public crédule aux boursouflures des monstres sacrés.

Il serait imprudent de supprimer les gens normaux sous prétexte qu’ils sont souvent malades. Il est des remèdes pires que le mal, et nous savons maintenant que la notion de nuisible est dépassée par celle d’équilibre. La tendance magico-symboliste a sa place et son âge dans l’ensemble des facultés affectives et intellectives. Seul son excès, comme celui de n’importe quelle autre tendance est, sinon condamnable, du moins préjudiciable à un programme d’épanouissement.

Futur astrologue ou futur rationaliste, l’enfant commence par projeter sa sensibilité. Il ne trace pas de frontière entre objet et sujet. Son monde est le monde. Pour lui comme pour certains adultes, les étoiles sont tout ce que l’on voudra : des boutons de nacre, des escarbilles, des lucioles, des farfadets, mais surtout pas des masses de gaz.

Le reproche fait à l’astrologie d’être issue de la mentalité magique et d’en porter la tare se réfute de la même manière que tous les autres points. Cette mentalité n’est pas spécifique de l’astrologue mais de l’enfant, ainsi que de toute démarche initiale d’un esprit, fut-il adulte, place devant un problème dont le caractère insolite ou complexe le renvoie à l’usage de sa fonction primordiale. Bien intégrée aux autres fonctions psychologiques, la tendance animiste a des vertus créatrices dont on ne saurait priver le genre humain. Par ailleurs, elle correspond à un stade de développement qu’il parait difficile de supprimer si l’on tient à l’apparition et à l’accomplissement du stade suivant !

Au vrai, si les astrologues exploitaient vraiment les ressources de la pensée analogique, variante de l’animiste, les aspects de leur doctrine se seraient renouvelés et l’on aurait moins d’ennui à les lire. En majorité, les astrologues de ce temps ont plus de conservatisme que d’imagination.

Au total des caractères supposés primitifs, que l’on a recensés pour une convergence de principe vers la mentalité astrologique, il ressort qu’ils conviennent à tout individu suffisamment banal pour avoir un fond d’enfance, de la sensibilité, de l’imagination, un besoin de puissance, un vocabulaire au service de l’expression de ses divers appétits. La convergence pourrait aboutir, plutôt qu’à un astrologue, à un religieux, un poète ou un amoureux…
Et si c’était l’amour ?…

Les amants se comportent en enfants. Ils croient aux signes et avertissements, aux pièges et aux malices du hasard. Leur passion les sensibilise aux superstitions. Les plus doués retrouvent de vieux symboles ou en inventent d’autres.

Les déraisons et démesures du langage amoureux ne choquent personne. L’aimé(e) est bien le dernier à s’effrayer des adjectifs souvent monstrueux qu’il inspire à son partenaire et avec lequel, du reste, il rivalise en exagérations, du moins un certain temps.

Malgré les pressions culturelles et leurs propositions de conduites rationnelles, il semble que le besoin de séduire suscite toujours une référence instinctive aux modèles animistes. En l’état d’amour, il parait plus heureux de penser, sinon de dire : « Tu es mon fleuve noir, mon océan, ma terre et ma lumière » que « Tu es 55 kilos de viande, d’os et de sang, destinés à la mort et à la pourriture », encore que l’exaspération réaliste ait ses partisans.

L’état d’amour — qu’il soit considéré on non comme pathologique et régressif — rend l’astronome aussi puéril, primitif et animiste, que l’astrologue. Que la passion s’adresse à un être, une foule, une plante, un chat, un chien ou une étoile, sa constante est de stimuler l’imaginaire.

Les Sumériens observaient le ciel. S’ils en sont tombés quelque peu amoureux, ils ne pouvaient que lui tresser des odes, grossir ses pouvoirs et donner aux étoiles des noms de monstres et d’oiseaux.

Aucune interprétation astrologisante ou anti-astrologisante des origines de l’astrologie ne parait s’être intéressée au fait que l’état d’amour du ciel, vraisemblable chez ceux qui en découvraient les beautés, peut expliquer les visions, les erreurs et les révélations propres à la mystique amoureuse ou religieuse.

Dans la mystique comme dans l’amour, une autre dimension que celle de la science raisonneuse change les moyens de perception et d’expression. L’amant et le mystique connaissent un état particulier capable de provoquer des phénomènes dits paranormaux. Évidemment, les amoureux à feu doux ne peuvent s’offrir qu’un peu de télépathie, mais l’on sait qu’au plus haut de l’échelle l’exaltation mystique contribue au développement ou à la manifestation de singulières facultés.

L’amour mystique, visionnaire, translucide et quand même aveugle à certains égards, n’étonne personne. Aux prêtres sumériens et chaldéens, il à permis de percevoir des relations ciel-terre, cosmos-homme, aujourd’hui laborieusement et inutilement confirmées par les statistiques, pour l’essentiel. Il n’a pas permis de comprendre exactement le sens et les limites de ces relations. Là n’était pas son rôle. Après l’ouverture du cœur qui perçoit les effets, il revient à l’intelligence de retrouver les causes.

Les premiers amants du ciel se sont trouvés dans un état d’âme favorable à la perception d’affinités électives entre les cieux et les hommes. Leurs mots pour designer ces liens sont des mots de rapprochement et de mariage des extrêmes. C’est pourquoi les constellations de la voûte céleste, repères inaccessibles, portent des noms proches et fabuleux. Les étoiles épousent la Terre en devenant des personnages, des animaux, des objets, familiers au regard ou à l’imagination : chèvres, chèvres-poissons, boucs, vieil homme, archer, touffe, nain, géant.

Les amoureux se livrent à de semblables jeux métaphoriques pour dépeindre leurs émotions. L’étonnant est, peut-être, qu’ils parviennent ainsi à donner une idée objective, sinon exacte, de l’importance de la relation que l’amour leur fait découvrir.

II a fallu les temps scientistes pour que l’on abandonne l’entraînement à designer les constellations ou autres objets célestes en termes poétiques et familiers, tant il est vrai qu’à l’heure de la raison l’amour n’est plus de mise. Aujourd’hui on ne baptise plus, on chiffre. Les récentes découvertes dans le ciel sont notées par des combinaisons de lettres et de chiffres comme pour une quelconque immatriculation à la sécurité sociale. Les galaxies portées sur les cartes célestes sont désignées par des sigles : M — NGC — ou IC — auxquels on ajoute un numéro d’ordre. Bien que le procédé soit rationnel et nécessaire — mais bien moins pratique qu’on pourrait le croire en raison d’une pluralité des propositions de catalogues — il nous éloigne de Pégase, d’Andromède, de la Baleine et du Dragon. Vieux noms, vieilles manières de nommer le ciel au temps ou ses contemplateurs en tombaient parfois amoureux.

Concluons par un constat d’échec et d’incompétence pour ceux qui ont voulu accréditer l’idée que la pratique et la croyance astrologiques impliquaient des dispositions anormales. S’il y a un état à soupçonner c’est celui d’une réceptivité affective, entre l’état d’amour et l’état mystique, qui permet ou facilite l’appréhension de liens réels sans les expliquer.

Nous avons soutenu l’idée qu’une permanence de l’homme rendait illusoire toute distinction catégorique entre l’astrologue et l’astronome, au niveau des inclinations psychologiques. Nous avons ajouté que dans les origines de l’astrologie, si riches en fantasmes portés aux nues, de toutes les inclinations humaines et générales, l’amour avait sans doute la plus grande part.

Un exemple réel et pittoresque illustrera notre pensée.

Lalande, astronome français (1732–1807) ne portait pas l’astrologie dans son cœur : « J’ai fait observer en parlant de l’astrologie combien on devait s’applaudir d’avoir perfectionné l’astronomie jusqu’à affranchir les hommes de cette misérable imbécillité dont ils furent si longtemps dupes… » (Astronomie, t. I).

Mais, comme le rapporte F. Ziguell, ce même astronome à retrouvé, malgré lui, une vieille réaction sumérienne en se faisant l’auteur d’une constellation du Chat. « Pour expliquer cette innovation, il dit dans l’un de ses ouvrages : j’aime les chats, je les adore. J’espère qu’après ces soixante années de travaux incessants on me pardonnera de porter l’un d’eux au ciel ».

A-t-on pardonne aux Sumériens ?
De toute façon, le cerveau est concerné

La diversité des réponses données à une interrogation permanente de l’homme coïncide avec la diversité des caractères et des sensibilités. Cette lapalissade vaudrait que l’on s’intéresse au moins autant aux sciences humaines qu’aux sciences physiques. Or, en dépit de l’évidence de notre énoncé, ces sciences sont séparées et quelquefois jugées inconciliables.

Aux questions fondamentales : « Qui sommes-nous, d’où venons-nous, où allons-nous ? », l’humoriste Pierre Dac répondait qu’il était lui-même, qu’il venait de chez lui et qu’il y retournait. Les philosophies savantes ont répondu par des systèmes, puis par des anti-systèmes. D’aucuns répondent que de telles questions ne se posent pas. Les scientistes, en général, leur tournent le dos.

La connaissance des variétés de caractère pourrait nous aider à comprendre les systèmes qu’ils produisent, que ces systèmes soient concrets, abstraits, à usage individuel ou pour collectivités, petites ou grandes.

Mais en déjà du caractère et des propriétés comme l’activité, l’émotivité, l’adaptabilité, il y a les fondements physiologiques du psychisme et du comportement : le système nerveux supérieur et le cerveau.

L’étude du cerveau s’avère indispensable à toute recherche de synthèse. Les clefs des problèmes de la connaissance se préciseront lorsque nous connaîtrons tout ou presque du fonctionnement du cerveau. Ce qui n’est pas encore le cas.

Les grands systèmes de réponse marchent souvent par deux. Dieu et diable, matière et esprit, continu et discontinu, extraverti et introverti, etc. Cette dualité de base se résout, dans d’autres réponses, en un seul système, la paire formant une unité oscillante ou supérieure. Il n’y a pas que la marche à pied pour illustrer la coopération des antagonismes et leur dynamique. Le cerveau, structurellement, est lui-même constitue de deux hémisphères lies par un corps intermédiaire, le corps calleux.

Ces hémisphères ne remplissent pas les mêmes fonctions et n’ont pas les mêmes capacités. Athanase Tzavaras, auteur d’un excellent article de vulgarisation (Science et Vie n° 112, 1975) sur le cerveau et la pensée, a résume ces faits à propos d’expériences où la communication étant « coupée » entre les deux hémisphères, on a pu tester leurs différences fonctionnelles. Rappelons que l’hémisphère droit est en relation avec la vision gauche et l’hémisphère gauche avec la vision droite.

La possibilité d’étudier les deux hémisphères intacts, mais privés de leur intercommunication habituelle, peut ainsi présenter un intérêt majeur. Une chance a été offerte aux chercheurs quand, pour des raisons thérapeutiques, des neurochirurgiens ont été amenés à sectionner le corps calleux chez des malades épileptiques. Cette opération, techniquement assez simple, a de bons résultats, étant donné que la section réalisée empêche la propagation de la crise épileptique d’un hémisphère à l’autre.

En travaillant donc avec de tels sujets à cerveau dédoublé, l’équipe de l’Américain Roger Sperry, au California Institute of Technology, nous a offert une somme impressionnante de données concernant l’organisation fonctionnelle du cerveau.

L’exemple le plus simple concerne les capacités linguistiques des deux hémisphères. Comme nous l’avons vu précédemment, l’hémisphère gauche est le support des fonctions du langage. Il peut donc sans aucune difficulté donner le nom d’un objet qui lui est présenté (dans notre cas, présentation visuelle à l’hémichamp visuel droit). Si maintenant nous répétons la même expérience, mais dans l’hémichamp visuel gauche, le sujet à cerveau dédoublé ne pourra pas nous dire de quel objet il s’agissait. Cela ne veut pas dire que l’hémisphère droit est incapable de saisir une quelconque information au sujet de l’objet présenté.

En fait, il l’a bien reconnu et le sujet, mis en présence d’un grand nombre d’objets hétéroclites, trouvera sans hésitation celui qui est identique à l’objet présenté. Ce fait démontre que si l’hémisphère gauche est l’hémisphère « bavard », l’hémisphère droit n’est pas « bête », et qu’il peut fort bien mener à son terme une tâche, pourvu que l’on ne fasse pas appel au langage.

Le savant russe Pavlov avait déjà insisté sur l’existence de deux systèmes de fonctionnement. L’un, le premier, « pense » par images. Il a une saisie globale et synthétique de la réalité qu’il se trouve incapable de décomposer en plans, sous-plans, et parties différentes nettement définies. Selon Pavlov, les artistes, les poètes et les enfants usent préférentiellement de ce mode de connaissance. Le deuxième système pense avec les mots. Plus abstrait, il a une saisie analytique et intellectuelle de la réalité. Les savants, les philosophes, tous ceux qui ont besoin de décomposer le réel en parties abstraites portées par le langage fonctionnent préférentiellement avec ce système.

Chez l’individu où il n’y à pas de prédominance, l’état de veille, en raison de la vie sociale et des échanges qu’elle impose, favoriserait le système verbal, celui de l’analyse. L’état de sommeil, en inhibant les centres du langage, laisserait plus de champ au premier système. Ce qui expliquerait que l’on rêve en images et que les mots prennent dans nos songes des significations symboliques.

Bien entendu, normalement les deux systèmes comme les deux hémisphères produisent une version unique sans qu’il y ait conscience des apports respectifs. Mais l’on voit bien, ici, que le fonctionnement du cerveau se prête à concevoir des droitiers, des gauchers et des ambidextres de la connaissance et de la signalisation du réel.

En astrologie, il y a les faits, expérimentaux et historiques, tels qu’ils se produisent, avec des contenus qui échappent plus ou moins à l’observateur. Il y a, ensuite, les faits tels qu’on les représente selon sa dominance.

L’évidence ne peut que transparaître : la querelle entre astronomes et astrologues est une affaire d’hémisphère droit contre hémisphère gauche.

Les astrologues ont constaté des relations réelles qu’ils n’expliquent pas. Lorsqu’ils tentent de les expliquer, en général, leurs mots et leur langage n’ont plus rien à voir avec le sens commun, encore moins avec le sens scientifique. Des termes aussi élémentaires que feu, terre, air, eau, deviennent dans leur formulation des entités sans rapport avec les choses que les mots en question sont censés designer. Les planètes, corps célestes aux caractéristiques physiques précises, ne sont pas à meilleure enseigne. Elles, masses de matière aux mouvements déterminés, se changent en symboles intérieurs propres à la psyché. Des symboles qui obéiraient aux lois de la mécanique céleste !

En face, les anti-astrologues, astronomes pour les plus coriaces, construisent des raisonnements formels irréprochables dont il découle invariablement que la relation entre les astres et les hommes ne peut pas exister puisqu’une bonne logique — entendez une rigoureuse association de mots — le dit. Le seul défaut de cette logique — et il est de taille — est d’être en complet désaccord avec le phénomène qui demande à être reconstitué en concepts, et non à être occulté par eux.

Pour nous, il s’agira de rétablir le fonctionnement normal du cerveau en accentuant la liaison des deux hémisphères. C’est dire qu’ayant constaté le bien-fondé du fait astrologique, nous critiquerons les explications fantaisistes et commerciales qui en ont été données. Nous utiliserons les mots pour ce qu’ils désignent normalement, les Signes zodiacaux et les planètes pour ce qu’ils sont physiquement.

Notre position de « corps calleux » n’est ni médiatrice, ni conciliatrice. Elle nous vaut un double mépris, mais elle remplit dignement sa fonction.

Texte extrait de Pour une astrologie moderne, Seuil, 1977.
Cet article vous a été proposé par : Jean-Pierre Nicola

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