Teleprovidence, la vitrine de l'astrologie francophone. Rejoignez -nous en envoyant vos vidéos à teleprovidence@yahoo.fr
"Désormais, vous pouvez profiter de nos vidéos sur you tube en demandant simplement "teleprovidence"ou "Halbronn". Si certaines vidéos en venaient à manquer sur notre site, elles seront sur You Tube" TELEPROVIDENCE LE MEILLEUR GUIDE ASTROLOGIQUE

mardi 10 octobre 2017

Comment analyser la conflictualité socilae?


Comment analyser la conflictualité sociale ?

La construction des sociétés démocratiques a éloigné progressivement les conflits les plus violents (guerres civiles, coups d’État, révolutions...) concernant la nature du régime politique. Mais l’émergence de régimes démocratiques n’a pas pour autant fait disparaître les conflits sociaux. Au contraire, les sources de conflits se multiplient à cause des tensions nées des mutations rapides de nos sociétés : en termes économiques avec les conséquences de la mondialisation, en termes sociaux avec l’évolution des inégalités et de la stratification sociale, en termes culturels avec les débats sur la reconnaissance de nouvelles identités et de nouvelles valeurs. Le conflit doit-il être envisagé comme un dysfonctionnement de la société ? Dans ce cas, pourquoi les conflits ne disparaissent-ils pas ? Ne faut-il pas plutôt les envisager comme un mode normal de régulation des sociétés ?
Par ailleurs, il s’agit de s’interroger sur l’impact des conflits sur l’ensemble de la société. Si certains conflits peuvent être le signe de résistances aux changements, d’autres au contraire participent au changement social en impulsant de nouvelles institutions et de nouvelles relations entre les groupes.
Enfin, il nous faudra nous interroger sur les transformations des conflits, dont les formes, les enjeux et les acteurs se transforment, à mesure que la société change.

I – Mouvements sociaux, intégration et changement social

A. Les conflits sociaux, l’expression d’un désaccord
La notion de conflit social ne correspond pas exactement au sens courant du mot conflit, qui renvoie le plus souvent à des situations d’affrontement ouvert. Les sociétés, inégalitaires, sont traversées par des divergences d’intérêt entre différents groupes. Ces divergences d’intérêt constituent les conflits potentiels, qui peuvent s’exprimer de façon très différente, ou ne pas s’exprimer du tout. Par exemple, lorsque Marx affirme que l’État est au service des intérêts de la bourgeoisie, il met en évidence l’existence d’un conflit au cœur de la société. Mais les conflits peuvent être latents, c’est-à-dire ne pas être visibles, ni même vraiment perçus par les acteurs en présence. C’est par exemple le cas des situations de domination sociale évoquée par Weber et Bourdieu : il n’y a pas de manifestations d’un antagonisme clair entre groupes sociaux, les groupes concernés ne se mobilisent pas : le conflit reste latent
En fin de compte, un conflit social correspond à un antagonisme, un affrontement entre des groupes sociaux dont les intérêts, les idées ou les positions divergent. Un conflit social, c’est un conflit qui met en relation au moins deux acteurs collectifs (regroupés). Ce n’est donc pas un conflit individuel. Les acteurs en conflit s’opposent sur une question relative à la répartition ou à la gestion de biens matériels ou symboliques (revenus, pouvoir, droits, ...).
Une action collective est une action concertée des membres d’un groupe social visant à atteindre des objectifs communs. L’action collective peut se dérouler dans de nombreux domaines et elle ne s’inscrit pas nécessairement dans une logique protestataire : elle est donc plus large que la notion de mouvement social ou de conflit social.
Un mouvement social est une action collective qui cherche à transformer l’ordre social et/ou politique, c’est-à-dire à « établir un nouvel ordre de vie », soit en imposant de nouvelles normes ou de nouvelles valeurs, soit au contraire en s’opposant à un changement. Un mouvement social a donc pas définition une dimension protestataire : il s’agit de s’opposer à un groupe à ou une institution pour défende une cause particulière, qu’elle soit matérielle (la place du travail dans la société, les inégalités) ou immatérielle (l’égalité entre hommes et femmes, le refus des discriminations...). Les mouvements sociaux permettent donc de révéler les conflits sociaux.
Les conflits du travail correspondent à des lutte, des affrontements au sein de l’entreprise, notamment concernant la répartition de la valeur ajoutée ; l’emploi, le temps de travail, ou les conditions de travail. Les conflits du travail sont donc une des formes possibles de conflits sociaux. Par exemple, les salariés de l’entreprise Peugeot sont en conflit avec la direction à propos du plan de suppression d’emplois annoncé en début d’année.
Les conflits sociétaux quant à eux désignent des conflits sociaux portant sur des valeurs, des institutions ou le fonctionnement de la société. Ainsi, les opposants au « mariage pour tous », au même titre que les défenseurs du droit au mariage pour les homosexuels s’inscrivent dans un mouvement société concernant l’institution de la famille, mais aussi la question de l’égalité des droits et la non-discrimination.
B. S’opposer pour obtenir un changement ou pour y résister
1) Des conflits de résistance au changement
Des images de la "manif pour tous" ici (sur le site 20minutes.fr).
Les conflits sociaux peuvent apparaître lorsque des changements portent atteinte aux intérêts ou aux valeurs de certains groupes sociaux. Ainsi, l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de même sexe a conduit de nombreuses personnes à se mobiliser contre le projet de loi, avec d’ailleurs des motivations assez variées (des groupes franchement homophones, des associations de familles catholiques, des personnes opposées à l’adoption mais pas au mariage au nom de l’équilibre psychique de l’enfant...). On peut également prendre pour exemple les nombreuses grèves et manifestations contre les réformes des retraites. Il s’agit là de s’opposer à une réforme présentée comme inéluctable (compte tenu de la mondialisation et de l’impératif de compétitivité, des comptes de la Sécurité sociale, etc.) par les décideurs politiques.
Manif contre le "mariage pour tous" 2013
Manif pour "l’école libre", contre la réforme de l’enseignement privé 1984
Il est toutefois important de noter qu’aucun mouvement social ne se limite à une simple opposition : tous les mouvements sociaux sont porteurs d’une vision du monde (par exemple de la famille), ou bien préconisent un autre changement (dans le cas des mouvements contre la réforme de la retraite), basée sur d’autres principes (l’égalité, la solidarité, la justice...). Réduire les mouvements sociaux à de simples refus du changement semble bien réducteur...
2) Les conflits sociaux sont porteurs de changement social
Les conflits sociaux sont souvent porteurs de changements : par définition, les mouvements sociaux ont pour ambition d’"établir un nouvel ordre de vie", et donc d’impulser des modifications plus ou moins importantes dans la société, dans son organisation, ses institutions ou son système de valeurs.
On peut constater que nombre de mouvements sociaux ont conduit à une modification du droit et de la législation. Par exemple, le mouvement féministe a permis aux femmes d’obtenir la maîtrise de leur corps à travers la maîtrise de la procréation (1967, loi Neuwirth sur la contraception et 1975, loi Veil sur l’IVG), mais aussi d’établir en droit le principe d’égalité salariale (1946, suppression de la notion de salaire féminin, 1972, reconnaissance du principe "à travail égal, salaire égal"...). La mère est reconnue comme ayant autant de responsabilité que le père (1970, suppression de la notion de puissance paternelle). La femme mariée obtient le droit de travailler sans l’autorisation de son mari en 1965.
Mais, de façon plus importante peut-être, les conflits sociaux conduisent à une évolution profonde des valeurs de la société. C’est en cela qu’ils sont porteurs de changement social, le changement social étant défini comme l’ensemble des changements structurels, progressifs et durables, au niveau économique, social (les rapports sociaux), culturel et démographique (la transition démographique par exemple). Ainsi, l’un des acquis du mouvement féministe est d’avoir permis et accéléré la transformation de la place et de l’image de la femme dans la société. De même, les mouvements homosexuels ont-ils rendu possible une meilleure acceptation de l’homosexualité.
C. Les conflits : rupture de la solidarité ou vecteur d’intégration ?
1) Conflits sociaux et anomie
Les conflits ont été perçus parfois comme le signe d’un dysfonctionnement social, surtout les conflits très violents. En effet, une société est censée réguler les tensions qui peuvent apparaître entre les groupes sociaux sans que le recours à l’affrontement et à la violence ne soit nécessaire. Ainsi, pour Durkheim le conflit est-il le signe d’une pathologie de l’intégration, qui apparaît notamment lors des périodes d’anomie. Ce qui oppose les individus et les groupes devient dans ce type de période plus fort, plus puissant que le lien social, la solidarité qui les unit.
Les périodes d’anomie engendrent en effet beaucoup de frustrations, de tensions entre les groupes sociaux, et les mécanismes de régulation ne permettent plus de sortir de la situation par le compromis et l’adaptation de la société. On peut par exemple analyser les émeutes urbaines de 2005 comme le symbole d’un défaut d’intégration d’une partie de la jeunesse, dans les quartiers défavorisés.
Même si ces émeutes ne sont pas à proprement parler des mouvements sociaux (dans la mesure où elles ne portent aucune revendication précise), il n’en reste pas moins qu’elles donnent à voir un dysfonctionnement du lien social dans des quartiers marqués par la relégation et les difficultés économiques et sociales. Les émeutiers se sont attaqués à des symboles étatiques (les écoles, les bibliothèques, les MJC...) : cela peut être interprété comme le fait que la colère des jeunes était dirigée contre l’État et donc la société toute entière, accusée de ne pas leur laisser de place.
Pourtant, pour qu’un mouvement social se produise, il est nécessaire que le groupe qui porte les revendications soit un minimum intégré. Pour construire une action collective revendicative, il est en effet nécessaire que les membres du groupes se sentent appartenir à un ensemble de personnes ayant des intérêts communs à défendre, qu’ils aient l’idée de se mobiliser pour les défendre, et qu’ils puissent mener la mobilisation. En plus d’un bon degré d’intégration, le groupe doit disposer de ressources économiques, sociales mais surtout culturelles (notamment ce qu’on appelle la compétence politique). Ainsi, les chômeurs constituent un groupe social très difficilement mobilisable car très faiblement intégré : le statut de chômeur est perçu comme dévalorisant, et surtout comme quelque chose de transitoire. Il n’y a donc pas de sentiment d’appartenance au groupe, ni de sentiment de solidarité vis-à-vis des autres chômeurs. Leur mobilisation est d’autant plus difficile qu’ils disposent par ailleurs de peu de ressources pour construire et animer un mouvement social et porter des revendications.
2) L’intégration par le conflit
Le conflit permet l’intégration sociale pour plusieurs raisons, si l’on reprend les analyses de Georg Simmel (Le conflit, 1918) et de Lewis A. Coser (Les fonctions sociales du conflit, 1956).
D’abord, le conflit est une forme de relation sociale, il suppose une interaction : il unit deux adversaires qui s’opposent sur une question particulière. Ces deux adversaires sont donc en relation, et sont d’accord sur au moins un point : l’importance de la question sur laquelle porte leur désaccord.
De plus, le conflit renforce la solidarité et l’intégration à l’intérieur de chaque groupe en opposition. Marx avait déjà évoqué cette idée lorsqu’il affirmait que la conscience de classe se construisait dans la lutte : c’est en identifiant un ennemi de classe, en luttant contre lui que les prolétaires prennent conscience de leurs points communs et de leurs intérêts communs. Avoir un ennemi commun mobilise les énergies dans le même but (le vaincre), et permet de faire taire les dissensions dans le groupe.
Par ailleurs, le conflit est le début du dépassement des oppositions. S’opposer, c’est formuler sa position et exprimer des revendications, et donc permettre un dialogue. Par le dialogue peut se construire le consensus qui permettra de sortir de l’opposition. Le conflit, en permettant de dépasser les antagonismes, en offrant la possibilité de trouver un compromis, renforce la cohésion sociale. Finalement, lutter, c’est participer et être dans l’espace public, avec une place reconnue.
Enfin, le conflit agit comme une "soupape de sécurité", en permettant aux tensions, aux antagonismes de s’exprimer, sans qu’ils atteignent pour autant le cœur de la société.
Pour que le conflit puisse permettre et renforcer l’intégration, il faut toutefois que certaines conditions soient respectées. Il est nécessaire que le conflit ne porte pas sur les valeurs centrales sur lesquelles repose la société, mais au contraire qu’il soit mené au nom de ces valeurs. Par ailleurs, lorsque les clivages qui donnent naissance aux conflits se superposent, le risque est grand de voir la société de couper en deux. Ainsi, en Belgique, les clivages linguistiques, géographiques et économiques se superposent, ce qui contribue à séparer les Wallons "pauvres" du Sud et les Flamands riches du Nord, qui de plus en plus refusent de payer pour le Sud. Enfin, il apparaît nécessaire que les actions collectives soient reconnues comme une forme de participation politique, sans quoi le dialogue n’est pas possible, et aucun compromis ne peut être trouvé : la radicalisation et la violence peuvent se développer.
Nota bene : la participation à une action collective apparaît comme un paradoxe, comme l’a souligné l’économiste américain Mancur Olson, lorsque l’on considère l’individu comme un être rationnel qui cherche à minimiser ses coûts et maximiser ses bénéfices. En effet, rationnellement, tout le monde a intérêt à se comporter en passager clandestin : laisser les autres prendre le risque de l’action collective, et bénéficier malgré tout des avancées obtenues. L’une des raisons de la participation (non-rationnelle) à un mouvement social est à chercher du côté des valeurs : la socialisation est importante, la croyance en la nécessité de se mobiliser pour peser, le sentiment d’appartenance à un groupe... Les motivations pour participer à une action collective ne sont pas simplement économique (calcul coût/bénéfice) mais également sociales et psychologiques (amitié, respect, prestige, reconnaissance...). L’intégration forte d’un groupe peut donc être un facteur favorable au passage à l’action collective.
Les conflit sont aussi facteur d’intégration parce que de nombreux mouvements sociaux revendiquent une meilleure intégration des membres qui portent ce mouvement. Ces mouvements sociaux participent donc au renforcement du lien social, en permettant une intégration de certaines minorités. On peut illustrer cet aspect intégrateur du conflit avec l’exemple des mouvements de prostituées, qui réclament une meilleure reconnaissance de leur activité professionnelle et surtout un changement de regard sur le statut, une reconnaissance de leur dignité. Le mouvement Guyane contre la vie chère en 2009 ou le mouvement des droits civiques aux États-Unis dans les années 1950-1960 sont d’autres exemples de ces "luttes pour la reconnaissance".

Pour les petits curieux, l’un des plus beaux discours qui soit donné d’entendre (avec les sous-titres quand même !) :

Martin Luther King I have a dream (sous-titres... par Texwolf
Le conflit en Guadeloupe de 2009 marque une volonté d’intégration car il exprime la cohésion d’un peuple qui affirme sa dignité et qui refuse les vestiges du colonialisme, incarnés par les "békés", ces descendants de colons qui sont à la tête d’entreprises en situation de monopole ou d’oligopole, et qui sont ainsi en mesure d’imposer des prix élevés et réaliser des surprofits. Les descendants de colons imposent aux descendants d’esclaves des prix injustifiés, et retissent ainsi une sorte de pacte colonial. Les Guadeloupéens veulent que les mêmes règles s’appliquent à la Guadeloupe et en métropole, et que soit mis fin à cette survivance de l’ordre colonial. Il s’agit donc bien d’un conflit pour l’intégration.

II – De nouvelles formes de conflits sociaux dans une société en évolution

Les conflits sociaux changent, à la fois dans leur forme, dans leurs enjeux et dans leurs acteurs : ces changements de la conflictualité sociale sont le reflet des transformations de la société dans son ensemble. Pour schématiser, on peut dire qu’au cours des Trente Glorieuses, on a assisté au déclin des conflits du travail traditionnels tandis qu’émergeaient ce que les sociologues ont appelé des « Nouveaux Mouvements Sociaux ». Dans les années 1980-1990, on assiste à un regain des conflits du travail, mais avec des formes et des enjeux nouveaux : cette évolution est à mettre en relation avec ce qu’on appelle les « Trente Piteuses ».
A. L’impact des Trente Glorieuses : déclin des conflits du travail traditionnels et émergence de nouveaux mouvements sociaux
1) Le déclin des formes traditionnelles de conflits du travail
Dans la société industrielle qui se construit à partir du XIXème siècle, le travail occupe une place centrale. Il semble donc logique que les conflits sociaux soient très majoritairement des conflits du travail. La forme la plus fréquente de conflit du travail est la grève, c’est-à-dire une cessation collective et concertée de l’activité. Protégée en droit (le droit de grève, reconnu en 1864, figure dans la Constitution française depuis 1946), les modalités de la grève sont encadrées par la loi (préavis, respect de la liberté de travailler des non-grévistes...).
Mais il existe d’autres formes d’action collective : le débrayage, c’est-à-dire un arrêt de travail de courte durée, souvent spontané, non décidé à l’avance, la manifestation, afin de rallier l’opinion publique, qui accompagne souvent les journées de grève, la pétition.
a) L’histoire sociale est marquée par des grands mouvements de grève
- 1906 : suite à un coup de grisou dans les mines de Courrières, qui a tué plus de 1000 mineurs, des grèves et des manifestations éclatent pour dénoncer les conditions de travail.

En avril, des émeutes ouvrières éclatent, et Clémenceau, ministre de l’Intérieur envoie l’armée rétablir l’ordre. Le 1er mai a lieu une grève générale pour réclamer la journée de 8 heures. Une loi instaurant le repos hebdomadaire obligatoire est votée à l’été, suite à la victoire de la gauche aux élections législatives.
- 1936 : après la victoire du Front Populaire aux élections législatives, des grèves avec occupation d’usine se multiplient. Les accords de Matignon sont signés entre les représentants des salariés, les représentants du patronat et l’État : les délégués du personnel deviennent institués dans les entreprises, passage à la semaine de 40 heures, et mise en place de deux semaines de congés payés, ainsi qu’une hausse des salaires.

M. Thorez, secrétaire général du Parti Communiste français appelle à la reprise du travail : « Il faut savoir terminer une grève ».
- 1968 : ce qu’on a appelé "mai 68" commence par une révolte étudiante à Nanterre, menée par des étudiants opposés à la Guerre d’Indochine, qui se répand ensuite à d’autres universités. Au sein des universités, et notamment celle de Nanterre, des groupes de militants étaient déjà structurés et entretenaient une certaine agitation depuis près d’un an : en mars 1967, les étudiants se mobilisent pour obtenir un libre accès aux dortoirs des filles (les jeunes filles, même majeures, étaient considérées comme mineures, en vertu du règlement intérieur) ; en novembre de la même année eurent lieu des grèves pour protester contre une réforme de l’enseignement supérieur. À partir du mois de mai 1968, les syndicats appellent à la grève générale, et les grèves se multiplient.


La mobilisation débouche sur la signature des Accords de Grenelle : augmentation de salaires (notamment du salaire minimum, le SMIG à l’époque), reconnaissance du droit syndical, réduction de la durée effective du travail.
- 1995 : pendant l’hiver, grandes grèves et grandes manifestations (entre 1 et 2 millions de manifestants) mobilisent contre le plan Juppé de réforme des retraites et de la Sécurité sociale (allongement de la durée de cotisation dans la fonction publique, augmentation des frais d’hospitalisation et des prélèvements sociaux...).
Vous trouverez ici un diaporama sur le site 20minutes.fr.
Le réseaux de transports en commun est paralysé pendant près de 3 semaines. On a parlé de grève par procuration, les salariés du secteur public et les fonctionnaires faisant grève au nom de l’ensemble des salariés du privé qui ne pouvaient pas prendre le risque de participer au mouvement. En fin de compte, le gouvernement retire sa réforme sur les retraites, mais maintient les mesures concernant la Sécurité Sociale.
b) Les revendications traditionnelles des conflits du travail

Les revendications portent en premier lieu sur le partage de la valeur ajoutée, soit pour protester contre les baisses de salaire ou les retenues, soit pour demander des augmentations de salaires. Mais on trouve également des conflits autour de la question du temps de travail : journée de 8 heures (manifestations à travers le monde entier à partir 1890 le 1er mai autour de cette revendication, satisfaite en 1919), semaine de 40 heures (obtenue en 1936), congés payés, … La question des conditions de travail est peu souvent à l’origine de conflits du travail. Les droits et les libertés dans l’entreprise (liberté syndicale, organisation de la négociation au sein de l’entreprise …) sont également un motif récurrent de conflits.
c) L’évolution des conflits du travail au cours des Trente Glorieuses

Il faut remettre en cause une idée reçue qui voudrait qu’il y ait aujourd’hui davantage de conflits sociaux qu’hier. S’ils sont aujourd’hui plus médiatisés et plus visibles (notamment pour les grèves concernant les services publics), les conflits sociaux sont beaucoup moins nombreux que dans les années 1960-1970. On a assisté à un déclin très net du nombre de journées individuelles non travaillées, c’est-à-dire du nombre de jours de grève en France depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, si l’on excepte l’année 1968 qui reste à bien des égards exceptionnelle. Le nombre de jours de grève est passé de 20 millions en 1947 à 3 millions au début des années 1970.
Le nombre de grèves a donc énormément diminué dans le secteur privé. Le secteur public est moins concerné par cette diminution. Mais le secteur public emploie beaucoup moins de travailleurs : le nombre de journées individuelles non travaillées a donc tendance à fortement baisser.
Par ailleurs, le taux de syndicalisation a fortement diminué depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le taux de syndicalisation mesure la proportion de personnes syndiquées dans la population active occupée. Aujourd’hui, à peine 8 % des travailleurs sont syndiqués, contre 40 % en 1950 ! Le taux de syndicalisation est plus élevé dans le secteur public et dans les grandes entreprises. La France est l’un des pays développé où le taux de syndicalisation est aussi faible (même aux États-Unis, il est plus élevé : aux alentours de 12 % !).
2) Dans le même temps, une diversification de l’action collective
Les années 1970 voient apparaître des mouvements sociaux qui ne s’apparentent pas à des conflits du travail : ils sont menés par de nouveaux acteurs, portent sur des enjeux nouveaux, et les répertoires d’action collective mobilisés se diversifient.
Les mouvements sociaux qui se multiplient dans les années 1960-1970 ne se limitent pas aux seuls travailleurs : étudiants, femmes, chômeurs, minorités ethniques... se mobilisent. Ces acteurs rejettent une situation injuste ou préjudiciable à leurs propres intérêts ou à celui des autres (écologistes, commerce équitable, ...) : une partie des ces mouvements sont des mouvements « altruistes ».
La grève n’est plus possible comme forme d’action dans ce type de mouvement social. D’où la nécessité d’employer d’autres méthodes : boycott, marches de protestation, barrages routiers, occupations de locaux, grèves de la faim, sit-in, fauchage de champs d’OGM, ...
Les actions de Greenpeace, association de défense de l’environnement, sont assez exemplaires de la recherche de spectaculaire :



Ou encore Act Up, qui recouvre l’obélisque de la Concorde d’un préservatif géant :

Dans tous les cas, il s’agit d’occuper l’espace public de manière visible, afin de prendre à témoin l’opinion publique et de faire pression sur les autorités pour qu’elles prennent les décisions. Les médias jouent donc un rôle central dans les stratégies des mouvements sociaux. L’objectif est de mobiliser l’opinion publique sur une question, afin de bouleverser l’ordre du jour de l’agenda politique. Cette notion désigne l’ordre des priorités à traiter. Les médias ont un rôle clé dans la « mise sur agenda » d’une question.
Pour qu’une mobilisation soit un succès, il faut qu’elle soit médiatisée, et surtout que les médias en fassent un traitement « favorable ». D’où l’apparition de conseillers en communication, ou de formes de mobilisation « médiatiques ». D’où l’appel à des personnalités connues et reconnues qui facilitent l’accès aux médias : l’Abbé Pierre pour la défense des mal-logés à partir de l’hiver 1954, Josianne Balasko et les sans-papier de la rue de la Banque à Paris, rejointe par d’autres célébrités : Emmanuelle Béart, Carole Bouquet, Guy Bedos... Augustin Legrand, le fondateur des enfants de Don Quichotte, Nicolas Hulot, José Bové pour les causes écologistes...

Les nouveaux mouvements sociaux se démarquent des conflits sociaux traditionnels sur le plan des valeurs qu’ils défendent : défense de l’environnement, lutte pour l’égalité hommes/femmes, défense des consommateurs, lutte pour une autre mondialisation, pour d’autres règles commerciales...
Les valeurs que défendent les mouvements sociaux sont des valeurs non-individualistes, mais l’objet des mobilisation est aussi la défense des minorités et des droits (les mouvements des « sans » par exemple : sans papier, sans logement, sans travail...) : on parle de "politiques de lutte pour la reconnaissance".

3) Explications : quel est l’impact des Trente Glorieuses sur les mouvements sociaux ?
Les Trente Glorieuses ont affaibli la lutte des classes, et donc les conflits sociaux traditionnels.
Pour Marx, les conflits du travail sont des conflits liés à la lutte des classes, c’est-à-dire le conflit qui oppose prolétaires et capitalistes. Celle-ci est inéluctable en raison de la polarisation de la société (de plus en plus de prolétaires de plus en plus pauvres face à de moins en moins de capitalistes de plus en plus riches). Pour qu’il y ait lutte des classes, il faut que les classes se mobilisent, ce qui, dans la vocabulaire marxien signifie l’existence d’une classe pour soi (une classe en soi qui a de plus une conscience de classe).
Or au cours des Trente Glorieuses, la société s’est moyennisée : c’est la thèse d’Henri Mendras. La moyennisation recouvre trois dimensions :
  • on constate d’abord une modification de la stratification sociale : avec la tertiarisation, les PCS 3, 4 et 5 sont en croissance, tandis que la PCS 6 décline statistiquement (en % de la population active).
  • on constate aussi une uniformisation des modes de vie : il y a une baisse des inégalités pendant les Trente Glorieuses ainsi qu’une apparition d’une consommation de masse.
  • on constate enfin une uniformisation des attitudes : il y a une diffusion d’attitudes communes dans l’ensemble de la population, notamment la croyance dans l’école.
La moyennisation modifie profondément les classes sociales, et notamment la classe ouvrière, dont les conditions matérielles d’existence sont bouleversées, et dont la conscience de classe s’effrite. Par conséquent, la moyennisation joue en défaveur de la lutte des classes et donc des conflits traditionnels du travail.
Par ailleurs, les Trente Glorieuses ont permis l’émergence d’une société post-matérialiste qui génère de nouveaux conflits et de nouveaux mouvements sociaux.
Les changements économiques et sociaux importants des années 1960-1970 ont eu des conséquences sur les comportements et les aspirations des individus. Pour R. Inglehart, les sociétés occidentales sont devenues des sociétés post-matérialistes. Elles ont en effet connu quatre changements essentiels à la suite de la Seconde Guerre mondiale : la croissance économique et progrès technologique, une paix durable, la massification de l’école ainsi que le développement des médias.
Les deux premières transformations ont apporté la sécurité matérielle aux individus : l’ère de prospérité et de paix permet à l’immense majorité de la population de satisfaire ses besoins primaires et contribue à diffuser un sentiment de sécurité dans l’opinion. L’ensemble de ces transformations sont, selon Inglehart, à l’origine de changements dans les valeurs des individus, qui ont désormais des besoins liés à l’identité (rendue plus floue du fait de l’affaiblissement des classes sociales) et à la réalisation de soi (épanouissement personnel), conformément à la pyramide des besoins de Maslow.

Par ailleurs, la compétence politique (c’est-à-dire la capacité qu’ont les individus à se positionner politiquement et à avoir un avis éclairé sur des questions politiques) est de plus en plus grande du fait de la massification de l’école et le développement des médias, qui accroissent l’information disponible (et donc le sentiment d’avoir des connaissances).
C’est pourquoi on assiste à une volonté de plus en plus grande de faire entendre sa voix, de participer au processus de décision autrement que par le vote. Il s’ensuit également une plus grande méfiance à l’égard des organisations traditionnelles, qui ne laissent pas assez de place à l’individu et à l’autonomie. Enfin, il y a une volonté d’affirmer une identité, une appartenance choisie. Tous ces éléments sont caractéristiques des mouvements sociaux qui émergent au cours des Trente Glorieuses.
B. La reconfiguration des conflits du travail avec les Trente Piteuses
La fin des Trente Glorieuses marque une rupture de la tendance de long terme à la réduction des inégalités et à l’amélioration du niveau de vie. La croissance ralentit fortement, et le chômage augmente de façon irrésistible. Ce changement de contexte va forcément peser sur les conflits du travail et en modifier le visage. La modification du rapport de force entre employeurs et salariés, en faveur des employeurs, tend à affaiblir les conflits (peur de perdre son emploi, difficulté à assumer des jours de salaire en moins, mais aussi faible espoir de gagner le conflit qui n’incite pas à se lancer dans l’action). Mais les transformations vont au-delà.
Les revendications se transforment. On voit se multiplier les conflits défensifs : contre les suppressions d’emplois, contre les changements de statut des entreprises et/ou des salariés, contre le développement de la précarité... Les salariés s’opposent aux transformations des entreprises et des services publics plus ou moins imposées par la libéralisation des échanges et des marchés.
Par ailleurs, les formes des actions collectives se transforment également. De manière générale, la forme traditionnelle de conflit (la grève de deux jours) est en recul, et se développent des formes d’action collective qui ne passent pas par la cessation de travail (pétition, distribution de tracts aux clients, débrayages, ...)
Les salariés font grève les uns à la suite des autres, une heure ou une journée, afin de désorganiser le processus de production, mais sans entrer dans un conflit long qui est très pénalisant sur le plan financier. C’est ce qu’on appelle une grève perlée ou grève tournante. On voit apparaître également les « grèves du zèle » : l’application stricte des consignes et des procédures ralentit considérablement la production. On le constate par exemple lors des conflits sociaux dans les aéroports.
Les chauffeurs routiers ou les taxis qui bloquent les routes, les péagistes qui laissent les barrières ouvertes pour ne pas faire payer les automobilistes, ou encore les manifestations d’intermittents du spectacle qui ont perturbé le déroulement des festivals et des grandes cérémonies (type César ou Festival de Cannes) sont d’autres exemples de nouvelles formes de conflits du travail qui apparaissent depuis quelques années.
Enfin, certains conflits se radicalisent, et deviennent parfois violents : séquestration de cadres dirigeants (par exemple le directeur de la Fnac à Paris en 2012 ou des cadres de l’entreprise Caterpillar à Grenoble), menace d’actions violentes (les salariés d’entreprises chimiques qui menacent de polluer la rivière voisine ou bien de faire exploser des produits toxiques... Voir ici un petit récapitulatif de certaines actions violentes en 2009-2010). Une telle radicalisation des conflits est à mettre en relation avec l’absence de dialogue et surtout d’espoir de victoire pour des salariés qui perdent leur emploi mais qui sont aussi condamnés à de longues années de chômage, compte tenu de leurs qualification et du niveau de chômage dans leur bassin d’emploi.
Le conflit est un élément important des sociétés modernes. Il a une fonction essentielle de régulation sociale. Il permet en effet de confronter les points de vue et de faire évoluer les normes, d’adapter les règles de droit aux nouvelles conditions sociales (IVG et mouvement féministe, mouvement homosexuel, écologie, ...). Cependant, les conflits ne sont pas tous porteurs de changements. Certains sont au contraire conservateurs.
Il y a donc interactions entre conflits et changement social. Enfin, il ne faut pas oublier la dimension intégratrice des conflits et des mobilisations collectives, qui sont aussi le signe d’une vitalité de la démocratie.

Enregistrer un commentaire

Grande Conjonction & AsterCenter

Si teleprovidence.com est le guide de ceux qui cherchent à s'orienter dans le monde des astrologues, grande-conjonction.org avec ses 26 numéros en ligne, à ce jour, est le guide des astrologues à la recherche d'un nouveau visage et d'un nouvel usage de l'astrologie. sous l'égide du Conseil Supérieur de l'Astrologie francophone.(CSAF)
Vous trouverez également sur "AsterCenter"
(site italien animé par Fernanda Nosenzodes) dans la rubrique "articoli internazionali" des textes et réfléxions qui commentent régulièrement les films diffusés sur TeleProvidence et TeleProvidenceHebdo.

Prévisions boursières pour l'année 2010 par Vincent Godbout.

Commentaires généraux et explications en français :
http://hirsig.ca/extra/ExplicF_Godbout.pdf

General comments and explanations in English :
http://hirsig.ca/extra/ExplanE_Godbout.pdf

Les valeurs prédites et les valeurs observées du SP500 de janvier à juin 2010.
The model with forecasts compared to actual SP500 scores from January to June 2010:
http://hirsig.ca/extra/Model2010A_Godbout.pdf

Les valeurs prédites du SP500 de juillet à décembre 2010.
The model with forecasts only from July to December 2010:
http://hirsig.ca/extra/Model2010B_Godbout.pdf

All rights reserved - Tous droits réservés © Ed. La Grande Conjonction, Paris 2008.
Contact: Jacques Halbronn, 8 rue de la Providence, 75013 Paris, France

JACQUES HALBRONN : APPRENDRE A PENSER “SOLEIL – LUNE

Les hommes viennent de la lune et les femmes du soleil……..

Jacques Halbronn nous invite à repenser notre représentation du soleil et de la lune à commencer par le réseau des correspondances associées à cette double matrice. ...
Lire l'article en ligne sur EDITIONS ERIC LE NOUVEL
Commentaires sur le livre : ICI

L'ouvrage majeur sur l'histoire des Centuries de Nostradamus
A télécharger:
Jacques Halbronn. Le dominicain Giffré de Rechac ( 1604-1660) et la naissance de la critique nostradamique au XVIIe siècle
LIEN pour télécharger le livre >>> www.propheties.it

Traitement des coordonnées personnelles:

Notre politique de fichiers par rapport à la CNIL : nous ne fournissons les coordonnées que des personnes ayant fait l’objet d’une vidéo réalisée par nos soins, lors d’un entretien, d’une table ronde, d’un colloque. Le fait d’accepter d’être filmé par notre équipe, soit individuellement, soit collectivement, constitue un accord pour la mise en ligne sur nos supports. Il convient de distinguer les personnes filmées qui sont présentes en tant que professionnelles sur Internet en dehors de nos chaînes et qui attendent de nos services un apport à leur communication et celles qui assistent à nos activités à titre privé et qui peuvent vouloir garder l’anonymat. Cela dit, toute personne souhaitant que certaines informations la concernant ne figurent plus ou soient modifiées ou complétées peut nous en faire la demande à teleprovidence@yahoo.fr. Les personnes souhaitant que des informations les concernant paraissent doivent obligatoirement participer, ne serait-ce que ponctuellement, à nos activités qui s'étendent, sans aucune exclusive, à tout le monde francophone. Nos enregistrements publics sont régulièrement annoncés dans l'Agenda de la Vie Astrologique..

LE Nouvel Ordre Astrologique (NOA) par Jacques HalBronn

Le NOA met en place une certaine hiérarchie, une stratification, une série de phases allant du un au multiple, de l'essentiel au contingent, du permanent au passager... LIRE LA SUITE

Les textes de Jacques Halbronn

Pour découvrir les textes de Jacques Halbronn sur divers supports Internet, aller sur: http://demos.labs.exalead.com/constellations/

Communiqué:


Désormais, Teleprovidence s'ouvre à des contributions vidéo extérieures; nous sommes disposés à mettre en ligne et monter des cassettes mini DV que nous n'aurons pas réalisées. Par conséquent, quand des manifestations astrologiques sont organisées, il est conseillé de les filmer et de nous faire parvenir le travail effectué. Il en est de même pour d'anciennes archives filmées sur divers supports.

Communiqué


Le fait de passer sur notre chaine dans le cadre d'"un enregistrement n'est fonction du versement d'aucune adhésion ni d'aucune participation aux frais. Mais vous pouvez bien entendu nous faire des dons à l'ordre de La Vie Astrologique, 8, rue de la Providence; 75013 Paris. France. Pour convenir d'un rendez-vous sur Paris ou en province, tel 06 60 75 52 48 ou par mail teleprovidence@yahoo.fr


Nous espérons que vous aurez du plaisir à venir et revenir sur ce site. Pour toute information ou commentaire ayez la bonté de nous contacter directement (par email). Et vous pouvez aussi nous envoyer vos propres vidéos ou documents (contactez le webmaster)...