LE CERCLE/POINT DE VUE - La prise de parole en public est largement dominée par les hommes. Heureusement, les choses commencent à changer.

Le 21 janvier dernier, des milliers de personnes ont défilé dans le monde pour défendre les droits des femmes et des minorités. A l'occasion de la « Marche des femmes » organisée à Washington D.C, anonymes et célébrités ont réalisé des discours poignants. Parmi elles, la chanteuse Alicia Keys ou l'actrice Scarlett Johansson (voir la vidéo en anglais).
Un bref coup d’oeil à l’histoire de la prise de parole en public, au travers notamment des plus grands discours et orateurs, montre que cet exercice est très largement – et même à certaine période exclusivement - dominé par des figures masculines.

Discrètes et silencieuses

Cette inégalité se retrouve dès les écrits antiques d'Homère dans « Iliade » et « Odyssée » où il affirme explicitement que « la parole est une affaire d’hommes » mettant alors en scène des hommes coupant la parole à des femmes obéissantes.
Timothée dans le Nouveau Testament écrit « Que la femme écoute l'instruction en silence, avec une entière soumission. », image de la femme qui fait écho à l’éducation à l’oeuvre dans nos sociétés occidentales où les filles sont considérées comme de « bonnes filles » si elles demeurent discrètes et silencieuses.

Éducation, compétition, domination

Depuis les années 1970, trois raisons sont avancées pour expliquer cette inégalité face à la prise de parole en public :
1. L’éducation qui pousserait les femmes à rester en retrait et à ne pas exprimer leurs idées. Elles intérioriseraient alors un manque de confiance en elle et de légitimité à prendre la parole (tout comme, les études le prouvent, elles sont moins enclines que les hommes à négocier leurs salaires en entreprise).
2. Les femmes ne seraient pas intéressées par la compétition avec les hommes, elles n’apprécieraient pas la manière avec laquelle les hommes dialoguent entre eux où l’objectif serait moins la co-construction d’un dialogue que la domination de l’autre par les mots.
3. Les femmes seraient réduites au silence par l’attitude des hommes qui leur coupent souvent la parole (plus souvent qu’aux autres hommes), ignorent leur propos voire n’accordent aucun crédit aux propos avancés par les femmes.

Des visions différentes de la parole

Des études récentes tendent à confirmer ces hypothèses. Citons notamment les travaux de la professeure Victoria Brescoll qui montre une perception différente selon la longueur des prises de parole des hommes et des femmes.
Ainsi, lorsque les hommes parlent plus que leurs pairs dans le milieu professionnel, ils sont jugés comme étant plus compétent. A l’inverse, lorsque les femmes parlent plus que leurs pairs, elles sont jugées comme…moins compétentes !
Les femmes s’expriment également avec bien plus de précautions oratoires que les hommes comme « peut-être que », « je voulais dire que » ou « je ne veux pas insister mais… » qui trahissent leur manque d’assurance.
Les mondes économiques et politiques restent ainsi très majoritairement masculins avec par exemple seulement une seule femme à la tête d’une entreprise du CAC 40 (Isabelle Kocher d’Engie) , seulement 24 femmes PDG parmi les 500 premières entreprises américaines ou encore 10 femmes comme chefs d’Etats, or ce sont ces profils dont la parole est la plus relayée et écoutée au travers des médias notamment.

Nouvelles initiatives

Néanmoins, depuis maintenant quelques années, les voix de femmes se font entendre avec plus de force à la fois pour défendre la parité, mais aussi pour s’exprimer sur des sujets autrefois exclusivement réservés aux hommes.
Citons par exemple en 2014, le discours de l’actrice Emma Watson à l’ONU pour lancer la campagne HeforShe (voir la vidéo en anglais) ou dans le monde de l’entreprise Sheryl Sandberg, directrice des opérations de Facebook qui s’exprime sur tous les sujets liés à la performance ou au management.
Les réseaux de femmes comme Jeunes femmes & numérique ou les initiatives comme le Women’s Forum International porté par Clara Gaymard se multiplient aussi ayant pour effet de favoriser des panels plus équilibrés lors de grands événements et conférences, diversité favorable à des débats plus nuancés et pertinent.

La faute de l'hippocampe ?

Et rappelons pour conclure que selon des études menées par la docteur Louann Brizendine, la partie du cerveau des femmes dédiée au langage et à l’écoute comporte 11% de neurones de plus que celle des hommes.
L’hippocampe, le principal centre des émotions et de la mémoire, est aussi plus large expliquant notamment pourquoi les femmes tendent à être plus empathique que les hommes, une qualité essentielle pour le succès de toute prise de parole en public.
Adrien Rivierre est spécialiste de la prise de parole en public
@Adrien_Riv