Société Découvrez notre dossier spécial dans le supplément QUID de La Libre de ce samedi.
Sociologue et chargé de recherche au CNRS à l’université de Nanterre, Arnaud Esquerre publiait chez Fayard, en 2013, un ouvrage intitulé “Prédire. L’astrologie au XXIe siècle en France”. Fait d’entretiens qu’il a menés avec une quinzaine d’astrologues et d’analyses d’horoscopes publiés dans des journaux et magazines largement diffusés, notamment, l’ouvrage entend répondre au pourquoi (de nombreuses personnes ont-elles recours à l’astrologie) et comment (satisfait-elle ceux qui consultent et qui y croient). Avec lui, nous évoquons, sous forme d’abécédaire, quelques-uns de ces questionnements.
Astrologie : “On pensait, à la fin du 19e siècle et au début du 20e, que l’astrologie avait disparu. Or, c’est l’inverse qui s’est passé tout au long du 20e siècle puisque l’Europe a connu un essor de l’astrologie, en particulier dans la deuxième partie et surtout dans le dernier quart du siècle. On peut le voir dans l’augmentation importante de publications de traités astrologiques. L’autre signe important a été la diffusion très importante des horoscopes dans les journaux et un peu à la radio.”
Barnum : “L’effet barnum, c’est prendre de manière personnelle un énoncé d’ordre général. Ça marche particulièrement bien quand l’énoncé est positif. Une expérience a été menée auprès de deux groupes de personnes. Le premier croit aux horoscopes, le second non. On leur a distribué le même horoscope – sans le leur dire. Une partie est positive, l’autre négative. Les gens qui y croient, que ce soit positif ou négatif, ont trouvé que c’était juste. Ceux qui n’y croient pas et qui ont eu un horoscope négatif ont estimé que ce n’était pas juste. Ceux qui n’y croient pas mais qui ont eu un horoscope positif l’ont trouvé juste.
Cartésien : “Pourquoi les esprits, y compris cartésiens, vont-ils voir un astrologue ? Ce n’est pas parce qu’une prédiction échoue qu’on n’y a pas recours. Il faut se demander quelle fonction occupe la prédiction dans la vie d’une personne.
Consultation : “C’est l’une des deux grandes formes d’astrologie. Elle a une fonction d’aide. Les gens qui y vont par curiosité sont souvent déçus parce qu’ils estiment qu’on ne leur a rien dit ou qu’il ne s’est rien passé. Les autres, ceux qui estiment qu’une séance d’astrologie est réussie, sont ceux qui ont réussi à résoudre un problème dans leur vie, d’ordre sentimental, personnel.
Croyance : “Les gens qui s’intéressent à l’astrologie le sont aussi par d’autres pratiques prédictives et tout ça se croise. L’astrologie ne se substitue pas à une religion, elle est une pratique parmi d’autres qui est utilisée au travers d’un mode de vie plus général. Ce sont plutôt des gens pour lesquels la vie de l’esprit est importante.
Fonction : “Il faut comprendre la fonction qu’occupe l’astrologie aujourd’hui, qui n’est pas du tout la même que dans l’Antiquité. Les gens qui vont consulter vont chercher une forme d’aide. Ils pourraient aller voir un voyant, quelqu’un qui fait de l’hypnose ou un psychothérapeute. L’astrologie s’est croisée avec la psychanalyse, en particulier jungienne. Elle se pense comme une sorte de thérapie brève, même si ce n’est pas comme ça qu’elle se présente. Elle sert à se projeter dans l’avenir.
Horoscope : “C’est l’autre grande forme de l’astrologie telle qu’elle est pratiquée dans notre société. L’horoscope a une autre fonction : il est au plus près de la vie des gens, il traite de choses de la vie ordinaire. Ce que je montre dans mon livre, c’est que vous avez toujours un peu plus d’énoncés positifs que négatifs. Cela a un effet roboratif, c’est énergisant, un peu ludique. Pour que le texte d’un horoscope soit considéré comme réussi, il faut qu’il soit à la fois précis, mais pas trop, et qu’il soit adapté au lectorat auquel il s’adresse. Un magazine qui s’adresse à un public jeune aura un horoscope dont le vocabulaire est pensé pour un lectorat jeune.
Sexe : “C’est principalement féminin. Tant pour celles qui consultent que pour celles qui pratiquent.
Sujets : “J’ai fait une comparaison des horoscopes des années 50 et des années 2010 et une des évolutions typiques, c’est ce qui a trait à la famille et à la sexualité. Dans les années 50, on trouve une valorisation du mariage, de la famille. Aujourd’hui, il est davantage question d’épanouissement personnel pour les lectrices – ou lecteurs – qui vivent dans un univers d’instabilité sentimental. Le couple est souvent menacé, il y a des querelles, un climat de doute. C’est vrai aussi pour tout ce qui tourne autour du travail.
Prédire. L’astrologie au XXIe siècle en France, Arnaud Esquerre/Fayard/180pp./ env. 20€