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mardi 23 août 2016

Jacques Halbronn Du bannissement des devins à celui des Protestants (1682-1685). La pratique en question

Du bannissement des devins à celui des Protestants (1682-1685). La pratique en question.
par  Jacques  Halbronn

Les années  1680 virent le Royaume de France procéder à une série de purges conduisant les catégories visées à quitter le dit Royaume.
L’édit de Fontainebleau  d’octobre 1685 est bien connu, qui concerna les Réformés (RPR)   Les pasteurs auront le choix entre l’abjuration et le départ à l’étranger.
Mais il avait été précédé trois ans plus tôf, en juillet 1682, d’un édit pris à la suite de l’Affaire des Poisons. En son article premier, il est dit que « toutes personnes se disant devins ou devineresses vuideront (lire videront) incessamment le Royaume avant la publication du présent Edit,  à peine de punition corporelle.
Dans les deux cas, il s’agissait d’obtenir l’abandon de certaines pratiques, aux deux sens du mot pratique: celui de pratiquant et celui de praticien.
L’on sait que dans le cas des Huguenots,  les effets furent considérables, et l’on cite souvent le cas de la Hollande -mais il n’est pas unique- qui leur  servit de « refuge ». Amsterdam  devint un haut lieu des publications en langue française.
On s’est interrogé sur les raisons qui conduisirent à la parution de l’Astrologia Gallica de Jean Baptiste Morin  (de Villefranche), à La Haye, en 1661, peu après sa mort. Mais il ne semble pas que les publications astrologiques aient le moins du monde cessé du fait de la création de l’Académie Royale des Sciences en 1666, date où l’on a coutume de situer un édit attribué à Colbert, ministre de Louis XIV qui aurait abouti à l’interdiction de l’Astrologie, non seulement comme pratique mais en tant qu’enseignement. Or, un tel édit de Colbert en 1666 concernant l’Astrologie n’a jamais existé que dans l’imagination de certains avocats de l’Astrologie mais on entend encore en 2016 un tel argument  être formulé dans les cénacles d’astrologues.
Il importe en effet de ne pas confondre les mesures prises contre les devins- ce qui n’est pas sans faire penser à la prohibition de l’alcool aux USA, dans l’Entre Deux Guerres- et les moqueries  que pouvaient avoir à subir les auteurs d’ouvrages d’astrologie, dans le dernier tiers du XVIIe siècle et au début du siècle suivant.
En tout état de cause,  depuis longtemps, les « abus » de l’astrologie avaient été condamnés par le pouvoir- ce qui signifie qu’un usage « modéré » (comme pour l’alcool) était toléré
Fin 1560, lors des Etats Généraux, tenus à Orléans, au cours desquels mourut François II  et qui vit le début de la régence de Catherine de Médicis,les textes prévoient une « .interdiction aux astrologues de prédire l’avenir »,  Nostradamus ne mourut qu’en 1566, fut-il affecté par une telle mesure? Selon nos recherches, il apparait que l’un de ses almanachs, celui pour l’an 1562, fut censuré – mais on en connait le contenu incriminé  par la diffusion de ses prédictions en langue italienne ainsi que par un manuscrit qui servit pour réaliser après sa mort certains quatrains des centuries. On pense au mot « macelin »  figurant à) deux reprises, notamment dans le quatrain VIII, 76, « Plus Macelin que Roy en Angleterre », le mot Macelin appartenantr un document censuré figurant en annexe de l’almanach pour 1562, donc paru peu après l’ordonnance d’Orléans.
Nous reproduisons ci dessous une de  nos études; mise en ligne en 2012

161 – La réception européenne des « almanachs prophétiques » de Nostradamus pour les années 1560-1567 Par Jacques Halbronn
Les almanachs de Nostradamus à partir des années 1559-1560 sont atypiques et ce qui fait leur succès dans toute l’Europe. Ils comportent en effet des développements qui concernent toute la décennie et non pas seulement l’année mis en avant dans les éditions françaises. En ce sens, nous les qualifierons d’almanachs prophétiques pour les distinguer des almanachs ordinaires que Nostradamus publia jusqu’en 1558/1559. Les éditions étrangères ne s’y trompent pas qui, dans leur sous titre, tant en allemand qu’en italien[1] indiquent clairement la véritable ambition de ces ouvrages qui, véritablement, ne sont pas de «simples » almanachs comme ils tendent à se présenter dans les éditions d’origine.
A ne pas comprendre les vrais enjeux, certains chercheurs veulent voir dans le cas anglais une piste qui apporterait quelque présomption quant à la parution en Angleterre- et donc par voie de conséquence en France, des Centuries, dès les années soixante. Serait-il donc paru une édition des Centuries en Angleterre dans les années 1560 ? C’est ce que soutient Patrice Guinard ( Corpus 25). En réalité, il faudra encore attendre un bon siècle avant que cela n’ait lieu, grâce à Théophile de Garencières, en 1672.
Mais quels sont les éléments qui auront conduit ce bibliographe à de pareilles conclusions ? Cela tient à une information concernant une vingtaine de libraires londoniens qui auraient eu à régler une amende pour avoir vendu une pronostication. C’est ce que signale Bernard Capp (.Astrology and the Popular Press, English Almanacs 1500-1800. London : Faber and Faber, 1979. p. 29) à propos de l’année 1562 : « In 1562 twenty booksellers were fined for selling a prognostication by Nostradamus » Edward Arber (A transcript of the registers of the Stationer’s Company of London, 1554-1640, Vol. 1, Londres 1875 p. 216, 92b 93, 93, « Fynes for breaking of good orders (…) for selling of Nostradamus », 22 july 1562- 22 july 1563), se demande, en effet, pour l’année d’enregistrement 1562-1563 ce qui a pu conduire les autorités à infliger à toute une série de libraires de telles amendes concernant une édition de l’éditeur William Powell, non conservée et dont on ignore jusqu’au titre. On ignore s’il s’agit de l’almanach pour 1562 ou pour 1563 mais cela n’a pas une grande importance car Nostradamus développera, dès 1559, pour son almanach pour 1560, son discours prophétique d’une année sur l’autre et ce jusque dans l’almanach posthume pour 1567, dont nous avons une traduction italienne, comportant une trentaine de pages relatives aux années à venir. Le pivot de ces vaticinations est l’éclipse du mois d’avril 1567, dont on sait qu’il est également présent dans la littérature associée à Lichtenberger, mais sur des bases fort différentes (cf. notre étude Nostradamus et la piste Lichtenberger, HR 160)
Il semble que l’on n’ait pas pris garde de distinguer deux cas de figure dans les documents recueillis par Arber. D’une part, des amendes pour les imprimeurs, dans une section particulière et de l’autre des sanctions visant les libraires, dans une autre section en rapport avec toutes les atteintes à l’ordre public (« Fynes for breaking of good orders « ) ce qui n’est pas pareil que « For takinge of fynes for Copyes » sans que ce soit cette fois aucunement réservé aux libraires. Or, le cas signalé concerne cette dernière section. La présentation y est différente : dans la première section, le nom des ouvrages concernés est fourni et nombre d’almanachs et pronostications sont visés, Nostradamus n’étant ici qu’un cas parmi bien d’autres alors que dans la seconde section, on se contente d’indiquer en lettres capitales NOSTRADAMUS. Les libraires sont condamnés pour avoir vendu du Nostradamus et peu importe quoi du dit Nostradamus. Cela dit, dans la première section, il est bien précisé qu’il s’agit d’un almanach et pronostication de Nostradamus – « an Almanacke and Pronostication of Nostradamus « -, un genre qui est soumis à des règles bien précises de par sa périodicité.
En France, en tout cas on a le cas de l’Almanach pour 1562 qui semble avoir été censuré en raison d’un long mémoire relatif à la fin des années 1560, daté de 1561. En effet, on ne dispose plus en tant qu’imprimé français que d’une version tronquée du dit almanach lequel avait été dédié au pape Pie IV.En revanche, le manuscrit en a été conservé et réédité au début du XXe siècle. On peut d’ailleurs se demander si le fait que l’almanach ait été adressé au pape n’a pas joué par ailleurs. Ajoutons que ce même almanach fut également largement diffusé dans sa traduction italienne dont Li Presagi et Pronostici di M.Michele Nostradamo quale principiando l’anno MDLXV diligentemente discorrendo di Anno in Anno fino al 1570, (…)Alla Santita del Papa (BNF Réserve V 1195). C’est dire la fortune d’un texte qui circulé d’un bout à l’autre de l’Europe. Et en Allemagne, l’on connait le Prognosticon Michaelis Nostradami ad Annum 1560. Diss ist eine kurze Practica welche anzeigt von dem 60. Jar biss in das 67. was sich in der Zeyt verlaufen und zutragen soll. (Bib Wolfenbüttel) qui se fait déjà l’écho de prédictions assez calamiteuses. Ce qui caractérise tous ces textes, c’est qu’ils dépassent délibérément le cadre annuel et se projettent sur une série d’années et notamment sur une certaine année buttoir.
On peut dire ainsi que l’œuvre de Nostradamus s’organise sur trois pieds : la publication annuelle est le prétexte de départ dont vont dériver d’une part les quatrains et de l’autre les « prophéties » pluriannuelles qui sont restées le parent pauvre au regard du travail des nostradamologues alors même que tout indique que c’est ce dernier aspect qui va le plus contribuer à la stature de Nostradamus, à partir de la fin des années 1550.
Ecoutons Patrice Guinard défendre sa thèse (cf « Histoire des éditions des Prophéties de Nostradamus (1555-1615) », Revue française d’histoire du livre, n° 129, 2008 p. 41) : « The Prophecies of Nostradamus [ ?], London, William Powell, 1563 (..) Un tel succès ne peut concerner un simple (sic) almanach (…) Cet ouvrage de Nostradamus pourrait être la première traduction anglaise des Prophéties (‘…) On se demande bien pourquoi une vingtaine de libraires et imprimeurs se seraient mis subitement et en cette unique occasion à distribuer frauduleusement un simple (sic) almanach ! Il est fort probable (sic) que cette traduction perdue des Prophéties aura été retirée assez rapidement des circuits de distribution’
Il y a là un malentendu : les almanachs de Nostradamus ne sont nullement, à parti de 1559, de ‘simples » almanachs, ils comportent des annexes, des additions qui en font tout l’intérêt et c’est d’ailleurs, par exemple, en Italie, ce qui est traduit en priorité, en signalant au titre que l’ouvrage couvre plusieurs années. La forme de l’almanach n’est qu’une façade, une couverture, un détournement du genre, ce que Guinard n’a pas su appréhender alors que par ailleurs il surinvestit l’importance des quatrains, comme si les quatrains pouvaient avoir un effet plus fort que la prose prophétique.
L’incident anglais apporte une pièce manquante au puzzle nostradamique car il montre que précisément l’Angleterre n’est nullement, comme on aurait pu le croire de par l’absence de l’ouvrage ainsi dénoncé, restée étrangère aux « vaticinations » prosaïques de Nostradamus. Des mesures draconiennes semblent avoir été prises à l’encontre de tout ce qui touchait la circulation de quoi que ce soit de nostradamique en Angleterre. Il ne s’agit plus ici d’amendes liés au non respect de certaines formalités mais bien d’une interdiction pure et simple de mettre en vente du Nostradamus, un astrologue qui, soulignons-le, représente les intérêts de la France.
D’ailleurs, Nostradamus, rappelons-le, est mis en cause en 1560 par un ANTIPRO-/ GNOSTICON/ that is to saye, an inuectiue a-/ gaynst the vayne and vnprofitable/ predictions of the astrologians/ as Nostrodame, de William Fulke[2] qui s’en prend à Nostradamus, en son titre, conjointement à d’autres astrologues. Ces « simples » almanachs, qui semblent devoir incarner l’ordre immuable des jours et des lunes sont en fait truffés de remarques capables d’affoler les esprits.
Quand on examines la collection des publications anglaises effectuées sous le nom de Nostradamus pour les années 1550-1560 (cf les textes en ligne sur propheties.it), on ne saurait se persuader qu’ils restituent de façon complète ce qui a circulé. Ce sont des fragments, parfois limités au seul calendrier. Certes, pour les nostradamologues qui ne voient le corpus nostradamus qu’au prisme des quatrains cela peut à la limite suffire, mais cela ne suffit certainement pas à appréhender correctement l’effets des almanachs sur l’opinion et les réactions qui en résultèrent. C’est ainsi que l’’almanach pour 1562, dans sa version anglaise, se réduit à quelques pages du calendrier, sans aucune épitre et sans aucun développement en prose, sinon quelques formules lapidaires glissées au sein du dit calendrier. Rien n’est pire pour un historien que de bâtir un discours sur la base d’un corpus visiblement tronqué alors même qu’il dispose de divers moyens de recoupement- en l’occurrence les publications françaises, italiennes et allemandes ainsi que les réactions anglaises connues – pour combler les lacunes ».. (cf le site propheties.it)
Mais revenons au XVIIe siècle. Louis XIII en 1628, à La Rochelle, va s’en prendre aux astrologues, en reprenant notamment un dédit de 1579 (à Blois): il s’agit de protéger les « esprits faibles » On  y « fait défense à toutes personnes de composer aucuns almanachs et prédictions hors de l’astrologie licite »
Depuis 1994, l’article R-34-7 du code pénal n’est plus en vigueur:, il s’agissait d’ une contravention de troisième classe, l’article R.34-7°, punissant « les gens qui font métier de deviner ou pronostiquer, ou d’expliquer les songes ».
En conclusion, il nous semble utile de signaler que la pratique de l’astrologie nuit certainement à l’image de l’astrologie du fait précisément de son côté pratique tout comme tout activisme religieux nuit à l’image des croyants en la dite confession. Sans ces pratiques, il est probable que l’astrologie aurait plus de chance d’être enseignée dans nos universités non pas en tant que pratique mais en tant que sytéme de représentation du monde.










JHB
23 08 16
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